Combien de McDo dans le monde possèdent leurs locaux

McDonald’s est bien plus qu’une chaîne de restauration rapide : c’est l’un des plus grands propriétaires immobiliers de la planète. Mais combien de McDo dans le monde existent réellement, et quelle fraction de ces établissements appartient directement à l’enseigne ? En 2023, le groupe compte environ 39 000 restaurants répartis sur plus de 100 pays. Derrière ce chiffre vertigineux se cache une réalité immobilière méconnue du grand public : la propriété des murs est au cœur même de la puissance financière de McDonald’s Corporation. Comprendre qui possède quoi — les locaux, les terrains, les bâtiments — permet de saisir pourquoi cette entreprise génère des revenus sans équivalent dans son secteur, indépendamment même des hamburgers vendus chaque jour.

Combien de McDo dans le monde sont directement détenus par la marque ?

Sur les quelque 39 000 restaurants McDonald’s recensés dans le monde en 2023, environ 20 % sont détenus et exploités directement par McDonald’s Corporation. Cela représente près de 7 800 établissements gérés en propre. Les 80 % restants fonctionnent sous le régime de la franchise, ce qui signifie que des opérateurs indépendants exploitent les restaurants sous la marque McDonald’s, en échange du paiement de redevances.

Ce ratio peut sembler défavorable à la propriété directe, mais la réalité immobilière est bien plus subtile. McDonald’s Corporation conserve très souvent la propriété des murs et des terrains, même lorsque le restaurant est exploité par un franchisé. Autrement dit, le franchisé loue le local à McDonald’s, qui lui-même peut être propriétaire ou locataire du bien auprès d’un tiers. Cette architecture juridique place la société dans une position de bailleur, non de simple opérateur.

Cette stratégie génère des revenus locatifs considérables. Les loyers perçus auprès des franchisés constituent une part non négligeable du chiffre d’affaires global du groupe. En pratique, McDonald’s signe des baux à long terme avec des propriétaires fonciers locaux, puis sous-loue les locaux à ses franchisés à des conditions plus avantageuses pour lui. Ce mécanisme de lease immobilier transforme l’enseigne en véritable gestionnaire de patrimoine à l’échelle mondiale.

La répartition géographique de ces restaurants en propre varie selon les marchés. Aux États-Unis, berceau historique de la marque, la proportion de restaurants détenus directement est plus élevée. Sur certains marchés émergents, McDonald’s préfère s’appuyer sur des franchisés locaux qui maîtrisent mieux les spécificités réglementaires et culturelles. Cette flexibilité permet au groupe d’accélérer son expansion sans immobiliser trop de capital dans chaque nouveau pays.

Le modèle de franchise et ses implications sur la propriété des locaux

Le modèle de franchise chez McDonald’s ne ressemble à aucun autre dans la restauration rapide. Là où la plupart des franchiseurs se contentent de céder une licence de marque, McDonald’s intègre systématiquement une dimension immobilière dans ses contrats. Le franchisé ne choisit pas librement son local : c’est McDonald’s Corporation qui sélectionne, négocie et sécurise l’emplacement, avant de le proposer au franchisé via un contrat de sous-location.

Ce système présente des avantages et des inconvénients bien distincts pour chaque partie :

  • Pour McDonald’s Corporation : revenus locatifs stables et récurrents, contrôle total sur la localisation des restaurants, capacité à récupérer le local en cas de résiliation du contrat de franchise, valorisation d’un patrimoine immobilier colossal.
  • Pour le franchisé : accès à des emplacements premium négociés par une multinationale, absence de risque lié à l’acquisition immobilière directe, mais dépendance totale vis-à-vis du bailleur et impossibilité de constituer un patrimoine propre via les murs du restaurant.
  • Pour les investisseurs immobiliers tiers : opportunité de louer à un locataire de premier rang sur des durées longues, avec des garanties solides liées à la solidité financière du groupe.
  • Sur le plan réglementaire : dans certains pays, les législations encadrant les baux commerciaux (comme le statut des baux commerciaux en France) protègent les locataires et compliquent parfois la reprise des locaux par le franchiseur.

La redevance versée par le franchisé à McDonald’s comprend généralement un pourcentage du chiffre d’affaires, auquel s’ajoute un loyer pour les murs. Ce double flux financier explique pourquoi la branche immobilière du groupe est parfois analysée séparément de son activité de restauration par les analystes financiers. Certains estiment même que McDonald’s serait davantage une foncière qu’une chaîne de fast-food si l’on raisonnait strictement par les sources de revenus.

L’expansion mondiale : retour sur une croissance immobilière sans précédent

Le premier restaurant McDonald’s ouvre ses portes en 1940 à San Bernardino, en Californie. La véritable expansion commence avec l’arrivée de Ray Kroc en 1954, qui rachète les droits de franchise et bâtit un empire. Dès les années 1960, Kroc comprend que la vraie valeur ne réside pas dans les hamburgers mais dans les terrains. Il crée la Franchise Realty Corporation, une entité dédiée à l’acquisition de biens immobiliers pour le compte du groupe.

Cette intuition transforme radicalement le modèle économique. Pendant les décennies suivantes, McDonald’s acquiert ou loue des milliers d’emplacements stratégiques dans le monde entier, souvent situés en bordure de routes nationales, dans des zones commerciales à fort passage ou dans des centres-villes denses. Chaque nouvelle ouverture suit une analyse précise du flux de clientèle potentielle, du coût foncier et de la rentabilité prévisionnelle.

En Europe, l’expansion accélère à partir des années 1970-1980. En France, le premier McDonald’s ouvre en 1972 à Croissy-sur-Seine. Aujourd’hui, l’Hexagone compte plus de 1 500 restaurants, dont une grande majorité exploitée par des franchisés, mais sur des emplacements dont McDonald’s maîtrise souvent les conditions locatives. Cette maîtrise du foncier constitue une barrière à l’entrée redoutable pour tout concurrent souhaitant s’installer sur les mêmes emplacements.

La croissance du nombre de restaurants ralentit légèrement depuis 2015, le groupe privilégiant désormais la rentabilité par restaurant plutôt que la multiplication des ouvertures. Cette stratégie de densification plutôt que d’extension pure modifie aussi l’approche immobilière : on rénove, on agrandit, on modernise les sites existants plutôt que de systématiquement chercher de nouveaux terrains.

La stratégie immobilière de McDonald’s, un actif sous-estimé par le grand public

Le patrimoine immobilier de McDonald’s Corporation est estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Certaines analyses financières situent la valeur de ce portefeuille entre 30 et 40 milliards de dollars, ce qui en ferait l’une des plus grandes foncières mondiales si elle était cotée séparément. Cette réalité reste largement ignorée par le consommateur qui ne voit dans le M jaune qu’un restaurant.

La détention des murs confère à McDonald’s une stabilité financière que peu d’enseignes de restauration peuvent revendiquer. En période de crise, les revenus locatifs continuent d’affluer même si les ventes de burgers fléchissent. Durant la pandémie de Covid-19, cette structure a amorti une partie du choc économique pour le groupe, contrairement à des concurrents purement locataires de leurs espaces commerciaux.

Pour les investisseurs immobiliers, les sale-and-leaseback pratiqués par McDonald’s représentent des opportunités régulières. Le groupe vend parfois des actifs immobiliers à des fonds spécialisés, tout en restant locataire de longue durée via des baux fermes. Cette technique libère du capital pour financer d’autres priorités stratégiques, sans perdre le contrôle opérationnel des sites concernés.

Sur le plan réglementaire, chaque pays impose ses propres règles en matière de baux commerciaux, de durée minimale des contrats et de droits des locataires. En France, le statut des baux commerciaux offre une protection aux preneurs, ce qui peut compliquer certaines reprises de locaux par le bailleur en fin de contrat. McDonald’s adapte ses montages juridiques à chaque législation nationale, en s’appuyant sur des cabinets spécialisés en droit immobilier commercial.

Ce que révèle cette stratégie, au fond, c’est une vision à très long terme. Posséder les murs, c’est s’assurer que même si la marque traversait une crise profonde, les actifs resteraient valorisables. Les terrains situés en zones commerciales denses ne perdent pas leur valeur parce qu’un restaurant ferme. Cette logique patrimoniale distingue McDonald’s de la quasi-totalité de ses concurrents directs dans la restauration rapide, et explique pourquoi la société reste l’une des plus solides au monde d’un point de vue bilanciel, bien au-delà de la seule performance de ses menus.